Dossiers médicaux en libéral : L'essentiel en 2026

L'équipe MedPair

La gestion des dossiers patients est une obligation légale — et une source de pression administrative quotidienne. Depuis 2021, la généralisation du Dossier Médical Partagé (DMP) et l'adoption de l'Identité Nationale de Santé (INS) ont changé la façon dont les médecins doivent structurer et partager les données des patients. En 2026, la LFSS a introduit de nouvelles mesures affectant les flux de travail de documentation et le financement des outils numériques.

Cet article couvre ce que requiert l'article 45 du Code de déontologie, ce que la LFSS 2026 change dans la pratique, et comment les dossiers numériques réduisent la charge administrative des consultations.

Ce que prévoit le Code de déontologie (Article 45)

L'article R.4127-45 du Code de la santé publique définit le contenu minimum légal de tout dossier patient en pratique libérale. Il s'agit de la base de référence que chaque médecin doit respecter, quel que soit le logiciel utilisé.

Le dossier doit inclure :

  • Données cliniques et paracliniques utilisées pour le diagnostic et les décisions thérapeutiques

  • Comptes rendus de consultation et d'hospitalisation, incluant l'anamnèse, les antécédents et les problèmes cliniques actuels

  • Résultats de biologie : bilans sanguins, analyses d'urine et autres prélèvements

  • Résultats d'imagerie : radiographies, échographies, IRM, scanners

  • Nature des soins dispensés

  • Prescriptions émises

  • Données d'identification du patient

Les notes personnelles rédigées par le médecin ne sont pas tenues de figurer dans le dossier formel.

Le médecin assume l'entière responsabilité de la protection et de la conservation des données. L'accès est restreint au médecin et au personnel autorisé du cabinet. Le dossier est distinct du DMP : le DMP appartient au patient ; le dossier patient informatisé (DPI) appartient au système du cabinet du médecin [1].

Changements introduits par le Projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS)

La LFSS 2026 (Loi n°2025-1403, promulguée le 30 décembre 2025) a introduit deux mesures qui affectent directement la manière dont les médecins gèrent les dossiers numériques et les prescriptions en pratique libérale.

  1. Alimentation du DMP : l'article de sanction a été rejeté

L'article 31 du PLFSS 2026 proposait de rendre obligatoires la consultation et l'alimentation du DMP, avec des amendes administratives pouvant aller jusqu'à 10 000 € par an et par médecin en cas de non-respect. Le Conseil constitutionnel a censuré la disposition relative aux sanctions le 30 décembre 2025, jugeant qu'elle ne relevait pas du domaine d'une loi de finances. L'obligation d'alimenter le DMP reste légalement en vigueur. La sanction financière, non.

Le débat politique n'est pas clos. Le gouvernement pourrait réintroduire un mécanisme comparable dans un véhicule législatif distinct.

  1. Outils d'aide à la décision par l'IA : un nouveau modèle de financement (Article 84)

L'article 84 crée un cadre permettant à l'Assurance Maladie de financer les systèmes d'aide à la décision médicale (SADM) via une convention avec leurs fabricants. Les conditions incluent le marquage CE et une certification répondant aux normes d'interopérabilité, de sécurité et d'éthique de la HAS.

Ce que cela signifie en pratique :

  • L'alimentation du DMP est une obligation légale confirmée — sous pression politique active même sans sanctions financières actives

  • Les logiciels certifiés Ségur restent la norme pour une intégration conforme au DMP

  • Les outils de documentation et de prescription assistés par l'IA disposent désormais d'un parcours réglementaire et de financement défini

Quels sont les avantages des dossiers médicaux numériques ?

Un dossier patient numérique (ou DPI) n'est pas un substitut au papier. C'est une couche de données structurées intégrée au logiciel de gestion de cabinet, ayant un impact direct sur la rapidité des consultations, la précision des prescriptions et la coordination des soins.

Pour les médecins, les principaux avantages opérationnels sont :

  • Accès immédiat aux prescriptions, aux antécédents et au parcours de soins pendant la consultation — aucune recherche à travers de multiples sources

  • Réduction des erreurs médicamenteuses — l'historique complet des prescriptions et les données sur les allergies sont visibles avant d'émettre une nouvelle ordonnance, réduisant le risque iatrogène

  • Coordination plus rapide — les données peuvent être partagées via la MSSanté (messagerie sécurisée de santé) avec d'autres médecins, avec le consentement du patient

  • Compatibilité avec le DMP — les logiciels certifiés Ségur permettent une alimentation directe du DMP sans changer d'interface

  • Mises à jour centralisées — chaque nouveau résultat, compte rendu ou prescription est ajouté à un seul endroit et immédiatement disponible lors de la consultation suivante

Conformité réglementaire intégrée :

  • Données hébergées sur des serveurs certifiés HDS (Hébergeur de Données de Santé)

  • Gestion du consentement conforme au RGPD

  • Prise en charge intégrale des droits des patients : accès, rectification, suppression, portabilité

[1] https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053226384