Évaluation des plaintes du sommeil

Outil de dépistage multidimensionnel des troubles du sommeil. Recommandé en bilan initial en médecine générale, psychiatrie et neurologie. Évalue l'ensemble des plaintes nocturnes et diurnes : difficultés d'endormissement et de maintien du sommeil, somnolence diurne excessive, fatigue, et symptômes évocateurs d'insomnie, de syndrome d'apnées obstructives du sommeil (SAOS), de narcolepsie, de syndrome des jambes sans repos (SJSR) et de parasomnies.

Envoyez ce questionnaire automatiquement à vos patients avant la consultation et retrouvez les résultats directement dans votre logiciel médical

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Interprétation du score

Le score total varie de 0 à 100 :

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MCID (Minimal Clinically Important Difference) : Une variation de 5 à 7 points est considérée cliniquement significative pour le suivi longitudinal. Le passage d'un palier à l'autre (ex. modéré → sévère) constitue un changement décisionnel.

Lecture dimensionnelle du score : Contrairement à des outils mono-pathologie (ISI pour l'insomnie, ESS pour la somnolence, STOP-BANG pour le SAOS), l'EPS couvre plusieurs dimensions en un seul passage. Un score global élevé ne suffit pas : identifier quelle(s) dimension(s) est/sont la plus altérée oriente le diagnostic différentiel et le bilan complémentaire.

Quand utiliser cet outil

L'EPS est indiqué en première intention dans les situations suivantes :

  • Bilan initial non orienté : patient consultant pour fatigue chronique, difficultés de concentration ou baisse de performance sans diagnostic préalable — l'EPS permet de cartographier l'ensemble des plaintes en un seul outil avant d'orienter vers un bilan ciblé.

  • Médecine générale : dépistage systématique chez les patients présentant des plaintes de sommeil non spécifiques, en remplacement ou en complément d'un entretien non structuré.

  • Psychiatrie : évaluation des troubles du sommeil associés aux troubles de l'humeur (dépression, anxiété, trouble bipolaire) où plusieurs pathologies du sommeil coexistent fréquemment.

  • Neurologie : suspicion de narcolepsie ou d'hypersomnie centrale chez un patient somnolent, en complément de l'ESS.

  • Médecine du travail : dépistage chez les travailleurs de nuit, les conducteurs professionnels ou les profils à risque d'accident lié à la somnolence.

  • Suivi thérapeutique : réévaluation objective de l'efficacité d'un traitement (TCC-I, PPC, médicament), grâce à un score total comparable dans le temps.

  • Recherche clinique : outil de stratification des populations de patients avec plaintes de sommeil mixtes.

    Privilégiez une auto-administration par le patient avant la consultation. Le score global et le profil dimensionnel peuvent être examinés ensemble lors de la consultation, réduisant le temps d'anamnèse de sommeil.

Limites de l'échelle

  • L'EPS est validé pour une population adulte. Son usage en pédiatrie nécessite des outils spécifiques (ex. BEARS, CSHQ). Il n'est pas conçu pour établir un diagnostic — il identifie des profils de plaintes, non des diagnostics. Un score élevé sur une dimension ne remplace pas une évaluation clinique structurée (entretien diagnostique, polysomnographie, TILE selon la dimension concernée).


  • L'EPS mesure la perception subjective du patient. Il peut sous-estimer les troubles objectifs (ex. SAOS sans somnolence perçue, insomnie paradoxale) et surestimer les plaintes fonctionnelles en contexte anxieux ou dépressif. La co-morbidité psychiatrique (dépression, anxiété généralisée) peut artificiellement élever le score global sans pathologie du sommeil primaire sous-jacente. Interpréter toujours en contexte clinique.

  • Alternatives et compléments recommandés L'EPS est un outil de triage multidimensionnel. Selon le profil identifié, des outils spécialisés apportent une mesure plus précise :

    • Insomnie dominante → Insomnia Severity Index (ISI)

    • Somnolence diurne dominante → Échelle de Somnolence d'Epworth (ESS)

    • Suspicion de SAOS → Questionnaire STOP-BANG ou Questionnaire de Berlin

    • Suspicion de SJSR → Échelle internationale de sévérité du SJSR (IRLS)

    • Narcolepsie suspectée → ESS + TILE (test itératif de latence à l'endormissement) en centre du sommeil

  • Un score ≥ 40 sans diagnostic établi doit déclencher un bilan orienté, pas un traitement empirique. Éviter la prescription de somnifères ou d'éveillants sans avoir identifié la pathologie dominante, sous peine d'aggraver une pathologie sous-jacente (ex. benzodiazépines en cas de SAOS non traité).

Données probantes

  • Utilité clinique L'EPS identifie de façon fiable les individus présentant des troubles du sommeil tels que l'insomnie, le SAOS et la narcolepsie. Des scores plus élevés sont corrélés à une sévérité symptomatique accrue et à une altération fonctionnelle, ce qui soutient son usage comme outil de dépistage en contexte clinique et de recherche [1].

  • Cohérence interne L'outil mesure de manière cohérente les plaintes de sommeil : ses questions reflètent fidèlement les problèmes globaux de sommeil du patient. Les items fonctionnent bien ensemble et fournissent une évaluation stable et fiable des troubles nocturnes comme des symptômes diurnes.

  • Évaluation multidimensionnelle L'EPS couvre un large spectre de pathologies du sommeil — insomnie, SAOS, SJSR, narcolepsie, parasomnies et somnolence diurne — en un seul questionnaire. Cette couverture multidimensionnelle le distingue des outils mono-pathologie et en fait un premier filtre clinique particulièrement adapté aux consultations non orientées.

  • Pertinence clinique et psychiatrique L'EPS est un outil valide pour mesurer la sévérité des plaintes de sommeil chez les patients présentant des troubles de l'humeur. Au-delà de ses applications de recherche, il aide les cliniciens à identifier les diagnostics potentiels et à personnaliser la prise en charge [2].

Littérature scientifique

  • Gabryelska, A., Turkiewicz, S., Białasiewicz, P., Grzybowski, F., Strzelecki, D., & Sochal, M. (2024). Evaluation of daytime sleepiness and insomnia symptoms in OSA patients with a characterization of symptom-defined phenotypes and their involvement in depression comorbidity-a cross-sectional clinical study. Frontiers in psychiatry, 15, 1303778. https://doi.org/10.3389/fpsyt.2024.1303778 

  • Stern, E., Chamontin, M., Maruani, J., Mouchabac, S., Micoulaud Franchi, J. A., Mauries, S., & Geoffroy, P. A. (2025). Validation of the French version of the Insomnia Severity Index in a population with psychiatric disorders and sleep complaints. L'Encephale, S0013-7006(25)00102-2. Advance online publication. https://doi.org/10.1016/j.encep.2025.04.003